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Publié par Jean Vaysse

Dans son blog , Sébastien Bailly ouvre une réflexion passionnante sur l'écriture "rhétorique" et l'écriture "dialectique". Il a bien voulu répondre à mon invitation, j'ai donc le plaisir de reproduire ici un article de son blog qui, je l'espère, sera la première phrase d'un débat auquel vous êtes conviés à participer. JV.
 
 
De Schopenhauer et de l'écriture sur Internet
Les blogs sont des discussions. Voilà un axiome généralement admis qui se vérifie fréquemment.
Quel rapport avec Schopenhauer ? La lecture de son texte "L'art d'avoir toujours raison" (1830-1831) est indispensable, au moins, a qui veut suivre le fil des commentaires d'un blog, voire y participer. Dans ce texte, l'auteur dresse la liste de 38 stratagèmes qui permettent de prendre l'avantage dans une discussion.
Ces 38 stratagèmes, pris un à un, sont fréquemment utilisés dans les discussions en ligne. En voici quelques exemples : exagérer, jouer sur les mots, généraliser, cacher son jeu, affirmer péremptoirement, noyer le poisson, susciter la colère de l'adversaire, brouiller les pistes, trouver une exception, ridiculiser, faire diversion, injurier... L'objectif est simple : qu'importe le moyen, l'essentiel est d'avoir raison. Qu'importe également la vérité, l'essentiel étant de gagner la partie.
C'est en réfléchissant à l'écriture sur les blogs que m'est venue l'idée de me plonger dans les théories de la conversation. Je commence juste mon défrichage. Mais, là où l'on considère qu'écrire est généralement du domaine de la rhétorique, il m'apparait qu'il devrait plus, sur le web tel qu'il existe aujourd'hui, être question de dialectique. Oui, c'est un peu barbare dit comme ça, mais ce changement d'angle me parait capital pour comprendre, par exemple, ce qui fait qu'un blog "marche" ou "ne marche pas".
Ecrire "réthoriquement", c'est s'attacher aux méthode d'écriture (utiliser tel type de vocabulaire, tel type de phrase, tel type de plan). C'est important, mais cela ne suffit pas pour répondre aux enjeux d'un web (2.0 ?) qui est avant tout une conversation, avec ses liens, ses commentaires et ses trackbacks.
Ecrire "dialectiquement", c'est, éthymologiquement, se référer à "l'art du dialogue", par opposition à "l'art du discours". Comment écrire pour provoquer le dialogue, y participer, l'orienter, provoquer les réactions et les réponses... et, au final, avoir raison, ou changer d'avis selon la tournure des événements. Autant de questions qu'il faut aborder.
Ecrire pour le web, ce n'est donc pas seulement connaître les postures adéquates, mais savoir se placer dans un discours continu, y prendre sa place.
On pourra suivre les techniques de Schopenhauer, ce que font la plupart des gens sans le savoir. Ou alors, se tourner vers Pascal, et son "Art de persuader". Lequel dit :
"Cet art que j'appelle l'art de persuader, et qui n'est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites consiste en trois parties essentielles: à définir les termes dont on doit se servir par des définitions claires; à proposer des principes ou axiomes évidents pour prouver la chose dont il s'agit; et à substituer toujours mentalement dans la démonstration les définitions à la place des définis.
La raison de cette méthode est évidente, puisqu'il serait inutile de proposer ce qu'on peut prouver et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avait auparavant défini clairement tous les termes qui ne sont pas intelligibles; et qu'il faut de même que la démonstration soit précédée de la demande des principes évidents qui y sont nécessaires, car si l'on n'assure le fondement on ne peut assurer l'édifice; et qu'il faut enfin en démontrant substituer mentalement la définition a la place des définis, puisque autrement on pourrait abuser des divers sens qui se rencontrent dans les termes. Il est facile de voir qu'en observant cette méthode on est sûr de convaincre, puisque, les termes étant tous entendus et parfaitement exempts d'équivoques par les définitions, et les principes étant accordés, si dans la démonstration on substitue toujours mentalement les définitions à la place des définis, la force invincible des conséquences ne peut manquer d'avoir tout son effet.
[...]
Règles pour les définitions. ‹ I. N'entreprendre de définir aucune des choses tellement connues d'elles-mêmes, qu'on n'ait point de termes plus clairs pour les expliquer. 2. N'omettre aucun des termes un peu obscurs ou équivoques, sans définition. 3. N'employer dans la définition des termes que des mots parfaitement connus, ou déjà expliqués.
Règles pour les axiomes. ‹ I. N'omettre aucun des principes nécessaires sans avoir demandé si on l'accorde, quelque clair et évident qu'il puisse être. 2. Ne demander en axiomes que des choses parfaitement évidentes d'elles-mêmes.
Règles pour les démonstrations. ‹ I. N'entreprendre de démontrer aucune des choses qui sont tellement évidentes d'elles mêmes qu'on n'ait rien de plus clair pour les prouver. 2. Prouver toutes les propositions un peu obscures, et n'employer à leur preuve que des axiomes très évidents, ou des propositions déjà accordées ou démontrées. 3. Substituer toujours mentalement les définitions à la place des définis, pour ne pas se tromper par l'équivoque des termes que les définitions ont restreints »
Pas folichon, mais constructif.
J'entrevois là, entre ces deux attitudes, qui ne datent pas d'hier, des pistes intéressantes en matière d'écriture pour le Web. L'écriture 2.0 est dialectique ou elle n'est pas, en tout cas.
Bon, je continue de défricher dans cette direction, et je vous tiens au courant, le cas échéant.
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