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Publié par Jean Vaysse

VERS UN SCORE A DEUX CHIFFRES ?

Le dernier sondage (CSA, du 3 janvier) sur l'élection présidentielle de 2007 donne Ségolène Royal suivie de Nicolas Sarkozy largement en tête, comme c'est le cas depuis de longs mois. Loin derrière, le seul à se détacher un peu, avec 15%, reste Jean-Marie Le Pen. La bataille pour lui ravir la troisième place, pour commencer, que François Bayrou avait bien engagée dès la fin novembre reste à mener, le candidat de l'UDF étant plutôt en recul avec seulement 6% d'intentions de vote.
 
Mes prédictions sur ce site, d'un score à deux chiffres voire davantage « d'ici la fin 2006 » pour François Bayrou se sont donc révélées inexactes. Cela aura certainement déçu une partie de mes lecteurs, les jeunes militants UDF qui avaient particulièrement aimé mon article François Bayrou et le Père Noël. Mais me suis-je trompé dans le pronostic ou seulement dans les dates? Perseverare diabolicum, me dira-t-on : je maintiens le pari que le candidat UDF n'attendra pas les dernières semaines avant le scrutin pour faire une percée dans les intentions de vote. Je suis, vous le voyez, plus prudent dans les dates.

Avant de pousser un peu plus loin l'analyse, je crois utile de préciser que celle-ci est fondée uniquement sur l'aspect communication, sur l'analyse du discours médiatique ; je ne tiens pas compte, par exemple, du programme du candidat, mais seulement de sa façon de présenter et défendre ce programme. C'est pourquoi la question, que plusieurs m'ont posée, de savoir si je suis oui ou non militant (ou sympathisant) UDF est sans objet -sans rapport tout au moins avec l'objet de cet article et je n'y répondrai pas.

Quelqu'un qui se méfie manifestement beaucoup du risque pour lui de se voir ravir la troisème place par « l'outsider » Bayrou, qui reste pourtant loin derrière lui en tête du peloton, c'est Le Pen ! Bayrou avait eu l'idée de ne plus se dire seulement « centriste », ce qui en rassure quelques uns mais paraît bien tiède à beaucoup d'autres. Non, Bayrou se déclare « d'extrème centre ». Ce qui se comprend comme : révolté, prêt à aller jusqu'au bout, mais en même temps modéré. Et voici Le Pen dont l'extrèmisme ne fait aucun doute qui dit aujourd'hui : « je ne suis pas d'extrème droite mais du centre droit ». Il est évident que celui qui parviendra en temps utile à la troisième place dans les sondages, aura quelque chance d'être le soir du scrutin parmi les deux candidats retenus pour le second tour. Si c'est Le Pen, il se retrouvera avec tout le monde contre lui comme en 2002. Si c'est Bayrou, il fera immédiatement jonction avec l'éliminé(e) du premier tour, que ce soit Sarkozy ou Royal.

En fait la très grande difficulté pour Bayrou aujourd'hui c'est la question du programme. Si le fait de se déclarer hors du clivage droite/gauche lui fait perdre de nombreux suffrages, en particulier chez ceux des électeurs qui se situent nettement à droite, cette perte est compensée par l'attraction que cette position exerce sur les très nombreux électeurs, jeunes en particulier, qui en ont « ralbol de la politique traditionnelle ».

Malgré leur orientation idéologique marquée l'une à gauche, l'autre à droite, les candidats de l'UMP et du PS partagent (et, au delà des discours partisans, tout le monde le sait) un certain socle programmatique minimum commun. C'est ce socle qui les a fait se retrouver dans le même camp lors du référendum de 2005 (et du précédent...), qui leur a permis de s'inscrire depuis des années dans l'alter-cohabitation... Sarkozy et Royal s'opposent, oui bien sûr, mais autant et pas davantage que le SPD et la CDU-CSU en Allemagne! De là à gouverner ensemble, il y a un énorme pas...que seuls les électeurs pourraient leur faire franchir en les mettant l'un et l'autre en situation de grande difficulté.

Le problème de François Bayrou, c'est qu'il est fondamentalement LE candidat de ce socle minimum commun. A part cela, il a un style et des idées originales, une certaine façon d'aborder la vie politique... Dans un sens, c'est ce qu'il dit, en s'affirmant déterminé à gouverner avec à la fois la gauche et la droite. Mais il y a du travail avant d'obtenir la confiance d'électeurs qui accumulent depuis des lustres un fort capital de déception tant envers la gauche qu'à l'égard de la droite.
François Bayrou saura-t-il faire de ce handicap un atout de communciation? Je continue à parier que oui.


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