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Publié par Jean Vaysse

Les jours de week-end, j'ai plutôt tendance à aborder des sujets légers, humour, sorties, détente... Mais en cette veille d'élection, pourquoi ne pas proposer des lectures qui donnent à réfléchir ? Je vous propose deux textes à propos d'Hitler. Le premier est la critique que Bénedicte Mouchard, rédactrice de Eawy News, a publiée à propos du roman La Part de l'Autre, de Eric Emmanuel Schmitt : je l'ai commandé à mon libraire.
 
Le second texte est extrait de La Passion de détruire d'Erich Fromm et me semble très bien compléter, en ouvrant une piste de réflexion supplémentaire, la critique de Ben.
Bonne lecture,  bon vote! Et profitons quand même du soleil...  JV
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Hitler aurait-il pu être bon ?

Littérature : un livre d'une qualité rare
 
 
La part de l'autre
de Eric Emmanuel Schmitt
 
 
La part de l'autre est un livre inoubliable qui marque l'esprit du lecteur pour longtemps. Eric Emmanuel Schmitt a imaginé ce que serait devenu Hitler s'il n'avait pas été recalé à l'école des beaux arts de Vienne. Au début du livre, nous n'arrivons pas à décider qui du réel ou de l'irréel est le meilleur. Le bon et le mauvais s'agitent. Quand le véritable Hitler, terrifiant de méchanceté, d'égoïsme et d'égocentrisme apparaît. Nous apprenons beaucoup de choses sur ce politicien hystérique, agité, à l'ego incommensurable. Que c'est un excité du suicide, qu'il a eu 3 femmes dans sa vie qui se sont suicidées par sa faute. Il considérait son corps comme une sorte de cathédrale qu'il ne fallait pas profaner avec une femme. D'ailleurs, il n'aura couché qu'avec Eva Brown, il éprouvait une aversion pour cet acte et par conséquent pour Eva Brown. Il a eu la chance d'être aimé véritablement, mais il était suffisamment aveugle pour ne pas s'en rendre compte et détruire les femmes qui lui ont donné un amour désintéressé.
 
La dernière partie est consacré au journal de l'auteur, expliquant ses états d'âme lorsqu'il a écrit ce livre. Ce n'est pas anodin, c'est une souffrance, un aperçu du chaos. Eric Emmanuel Schmitt a une plume d'une grande finesse. L'examen psychologique des personnages est parfait.
 
La part de l'autre est un livre à lire absolument, dans une centaine d'années, il fera certainement partie des classiques de la littérature française.

article de Ben lu dans EAWY NEWS

Magazine d'informations, totalement bénévole et gratuit,  afin de faire connaitre le territoire aux alentours de la forêt d'Eawy, en Haute Normandie. Cette région est située entre Dieppe, Rouen et Neufchâtel en Bray. 

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LA PASSION DE DETRUIRE

de ERICH FROMM

 
  Pour le caractère sadique, il n'existe qu'une qualité digne d'admiration : la puissance. Il aime et admire ceux qui détiennent le pouvoir et il se soumet à eux ; tandis qu'il méprise et veut contrôler ceux qui sont faibles et ne peuvent riposter.
 

  La docilité et la couardise du sadique sont deux autres éléments du syndrome. Il peut sembler contradictoire que le sadique soit un individu soumis, et pourtant, non seulement ce n'est pas contradictoire, mais c'est même dynamiquement parlant, une nécessité.  Il est sadique parce qu'il se sent impuissant, sans vie et sans défense.  Il essaye de compenser cette carence en prenant de l'ascendant sur les autres, en transformant en dieu le ver de terre qu'il a l'impression d'être. Mais même s'il détient le pouvoir, le sadique souffre de son impuissance humaine.  Il peut tuer et torturer, mais il reste un être sans amour, isolé, effrayé, qui a besoin de se soumettre à un pouvoir supérieur. Pour ceux qui se situaient à un cran en dessous de lui, Hitler était ce pouvoir supérieur ; pour Hitler lui-même, c'était le Destin, les lois de l'Evolution.
 

  Pour conclure cette analyse du caractère d'Hitler, quelques mots préciseront utilement le dessein que j'ai eu d'incorporer à cette étude un matériel assez lourd comme je l'ai fait pour Himmler.  En dehors du but théorique évident qui est d'éclaircir le concept du sadisme et de la nécrophilie en présentant des illustrations cliniques, j'avais une autre perspective : dénoncer la principale erreur qui nous empêche de reconnaître les Hitler en puissance avant qu'ils aient découvert leur vrai visage.  Cette erreur consiste à croire qu'un homme parfaitement destructif et mauvais doit être un démon - et en avoir la mine ; qu'il doit être dépourvu de toute qualité positive ; qu'il doit porter le signe de Caïn d'une façon si évidente que n'importe qui peut reconnaître de loin sa destructivité.  De tels démons existent, mais ils sont rares.  Comme je l'ai dit plus haut, l'individu intensément destructif offrira le plus souvent une façade de bonté, de politesse, d'amour de la famille, des enfants, des animaux ; il parlera de ses idéaux et de ses bonnes intentions.  Mais il n'y a pas que cela.  On aurait beaucoup de mal à trouver un homme qui serait totalement privé de bonté et de bonnes intentions.  S'il existait, à moins d'être un  « idiot moral » congénital, il serait au bord de la folie.  Donc, tant que l'on croira que l'homme mauvais porte les cornes du diable, on ne le découvrira pas.
  La croyance naïve que l'homme mauvais est facilement reconnaissable aboutit à un grave danger : celui de nous rendre incapables d'identifier les hommes mauvais avant qu'ils aient commencé leur oeuvre de destruction.  Je crois que la majorité des gens n'a pas le caractère intensément destructif d'un Hitler.  Même si on peut estimer que de tels individus forment 10 pour 100 de notre population il y a parmi eux suffisamment d'individus qui seront très dangereux s'ils acquièrent de l'influence et parviennent au pouvoir.  Evidemment, tout être destructif ne deviendra pas nécessairement un Hitler, parce qu'il lui manquera les talents d'Hitler ; il pourra se contenter d'être un SS efficace.  Mais, d'autre part, Hitler n'était pas un génie, et ses talents n'étaient pas uniques. Ce qui était unique, c'est la situation sociopolitique qui lui a permis de s'élever ; il y a probablement parmi nous des centaines d'Hitler qui n'attendent que leur heure historique pour se manifester.
L'analyse objective et exempte de passion d'un personnage comme Hitler n'est pas seulement inspirée par la conscience scientifique ; elle est aussi le moyen d'apprendre une leçon importante pour le présent et pour l'avenir. Toute analyse qui déformerait l'image d'Hitler en le privant de son humanité ne ferait qu'intensifier la tendance à être aveugle aux Hitler en puissance, à moins qu'ils ne portent les cornes du diable. 
 

 
également à propos d'Erich Fromm
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Bénédicte Mouchard 21/04/2007 23:48

Bonsoir Jean,
Merci d'avoir mis mon article sur La Part de l'Autre de Schmitt. Je reste encore sous les effets de ce livre superbe, d'une grande intelligence. Quand votre libraire l'aura, vous ne serez absolument pas déçu.
Merci encore
Amicalement
Ben
Ps : j'apprécie la diversité de votre blog
 

Jean Vaysse 28/04/2007 05:38

Je vous en dirai des nouvelles